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Bakhita – VERONIQUE OLMI

Résumé– Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.


C’est lors d’une de mes sorties bimensuelles dans une librairie que j’ai fait la connaissance de Bakhita. J’ai d’abord été subjuguée par la beauté de la femme africaine en première de couverture. En lisant le résumé, j’ai su que ce roman était sur le point de bouleverser mon mois d’avril. Bakhita est une biographie romancée relatant l’histoire d’une jeune enfant innocente du Darfour qui va rapidement être enchaînée à une vie de femme esclave.

« Elle a cinq ans environ, et c’est la fin d’un monde. Cet-après-midi-là porte une lumière qui n’est jamais revenue, une joie tranquille qui vibre et qu’on ne remarque pas. On ne sait pas qu’elle est là. On vit à l’intérieur de cette joie comme des oiseaux affairés, (…) c’est la musique tranquille d’un village paisible qui cultive ses champs, une image du paradis perdu qu’elle gardera pour se persuader que ça a existé. Elle vient de là, le lieu de l’innocence massacrée, la bonne et le repos. C’est cela qu’elle veut. Venir d’une vie juste. Comme toute vie avant la connaissance du mal. »

Le roman est poignant, dure mais romanesque. Il s’agit d’une histoire en deux parties. Dans la première partie, De l’esclavage à la liberté, Bakhita est esclave. Le lecteur suit son périple sur des kilomètres en Afrique jusqu’à ce que son négrier la vende à son premier maître. Par la suite, elle est achetée à plusieurs reprises. Entre coups et mutilations, humiliations et meurtres, seules les souvenirs de son village, sa mère et sa sœur Kishmet lui insufflent de l’espoir et de la force, même lorsque sa vie ne tient plus qu’à un souffle. Mais en contrepartie, la jeune Bakhita oublie son nom de naissance. 

« Elle a quatorze ans et c’est sa deuxième année au service du consul. Elle a vu des esclaves affranchis partir vers un village retrouvé, une mission catholique, elle en a vu certains, assis hagards au coin des rues, elle a détourné les yeux pour qu’ils n’aient pas honte, et elle se demande si une autre vie parfois est possible ».

Une fois affranchie par des maîtres davantage bienveillants qu’esclavagistes, Bakhita obtient un statut de domestique en Italie. Nous découvrons son amour inconditionnel pour la fille dont elle est la sauveuse et gouvernante : Mimmina. Mais en dépit de cet amour quasi maternel, Bakhita finit par choisir Dieu après un long séjour au sein du Pieux Institut des catéchumènes de Venise. Dans la seconde partie, De La liberté à la sainteté, l’histoire est focalisée sur la vie de religieuse de Bakhita. Elle ne cesse de penser à son enfance dans son village du Darfour bien que son nom de naissance et la localisation de ce village lui sont toujours inconnus. 

Bakhita est une héroïne dans sa douleur et sa gentillesse. Véronique Olmi a su peindre un roman rempli d’émotions de l’enfance jusqu’à la mort de l’héroïne sur les terres italiennes.

« Elle n’entendait ni ne voyait plus rien. Que sa mère. Qui se tenait derrière elle (…). Elle a senti sa bouche sur sa nuque, des lèvres fraîches, mouillées, qui avant de l’embrasser ont mordu sa peau toute neuve et chuchoté à son oreille, d’une façon unique, joyeuse et infaillible, son nom de naissance ». 

Bakhita est roman à la fois magnifique et bouleversant qui retrace la vie de la Madre Gioseffa, Margherita, Fortunata, Maria, Bakhita, morte en 1947 et déclarée Sainte en 2000 par Jean-Paul II. J’ai dévoré ce livre insatiable de la première à la dernière ligne.  

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